Les Menuires – 11 vendémiaire an XVII – Livre Ier – Chant III : L’élu.

Aller à la rencontre de tous les chefs de guerre des différents hameaux, récupérer le cœur des Menuires afin de pouvoir partir à la recherche de Bocketeer, convaincre Nanouk, le maître des glaces de joindre nos rangs, lui et ses terribles créatures de glace…trop peu de temps et tant de choses à faire pour le nouvel élu…

– Le verdict est tombé ! répéta Stein Bock de sa voix surpuissante.
– Jeanne, Jeanne Lesdiguières, avance-toi !

La foule resta interdite. Personne ne s’avançait. On aurait dit que le gel s’était emparé de chacun d’entre nous.

Depuis la nuit des temps, l’élu était un homme, comment les sages avaient pu voir et croire, qu’une femme, de surcroit si jeune, pouvait être l’élue ?

Transie par le froid, je restais immobile. Les gens autour de moi commençaient à me dévisager, à se retourner et à commenter l’impensable. Une main chaude et puissante me sortit de ma torpeur. C’était Viktor, mon Viktor. Nous avions tout connu ensemble : les premières neiges, la chasse avec les anciens, la peur, enfant, lorsque la montagne se drape de son inquiétant manteau noir. Il avait rejoint le clan des 
« émissaires », grâce à ses capacités hors normes en glisse et son incommensurable courage que j’avais toujours pris pour de l’inconscience.

– Il semble que l’on t’appelle, Jeanne dit-il de sa voix si familière.

Son regard bienveillant posé sur moi, il tira de sa besace une corne de bouquetin et souffla dedans. C’était le son de ralliement du clan des émissaires. Les tuniques blanches accoururent de toute part, transperçant la foule et m’ouvrant la voie vers les sages.

Je marchais lentement vers mon nouveau destin, le visage fermé, accablée par le poids de la responsabilité qui était désormais mien. Mener le combat, fédérer les troupes et anéantir l’ennemi coûte que coûte ! Mais quel ennemi ? Et comment ?

– Jeanne. Jeanne Lesdiguières. Agenouille-toi mon enfant. Reçois de mes mains, Artémis, l’arc légendaire des Menuires afin de défendre nos terres sacrées contre l’envahisseur.

Lord Steinbeck brandit l’arme magique aux yeux de tous, m’adouba et enfin me remit Artemis avec son carquois centenaire et ses flèches diaboliques, capables de transpercer n’importe quel obstacle !

– Relève-toi, Jeanne me souffla Steinbeck au creux de l’oreille.

Il me prit délicatement par le poignet, me releva doucement et s’écria face à la foule en liesse.

– Peuple des Menuires, peuple des Alpes tonna-t-il, voici votre nouveau Capra Ibex Alpha, voici l’élue ! Je vous présente celle qui nous mènera à la victoire, je vous présente, Lady, Lady Guerre !

Voici le premier jour du reste de ma vie, une vie désormais entièrement tournée vers la protection des miens et la défense de ma patrie, une vie dédiée à la guerre, totale et sans merci.

J’étais tellement loin d’imaginer ce qui allait réellement se passer…

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