Les Menuires – 29 brumaire, an XVII – Livre Ier – Chant V : L’armée de glace.

neigeUne ombre courbée mais massive se détachait à l’entrée de la grotte.

Mi-homme, mi-bête, Nanouk était connu de toutes et tous dans la vallée mais peu d’entre nous avaient eu l’occasion de le voir. Ses cornes similaires à Bocketeer, son manteau en poil de bouquetin, son bâton de marche ancestral, artefact tout droit sorti de l’Ancien monde…tout cela lui conférait une allure indescriptible, une animalité presque surnaturelle…il était le trait d’union entre les univers, entre les hommes, entre toutes choses. Il incarnait le temps ; passé, présent et futur.

J’étais pour le moins subjuguée par le personnage et son aura.

Sa voix, grave et implacable me sortit de mes pensées.

 

– Lady Guerre, venez donc me rejoindre.

Je pus me mouvoir sans difficulté et marcher vers lui, Artémis bien en mains, prête à l’action. Je balançais entre appréhension et désir brûlant de le questionner, d’en savoir plus sur son histoire, ses pouvoirs légendaires, ce corps si atypique !

Une fois proche de lui, il se retourna et se dirigea vers la tempête en dehors de la grotte, qui, quelques minutes auparavant, nous avait obligé à trouver refuge dans cet endroit. Je le suivais à contrecœur, pelotonnée dans mon manteau afin d’affronter les éléments qui se déchainaient à l’extérieur.

Je n’aurai pas du. Je le savais. Le vent avait redoublé, il me fouettait littéralement le visage ainsi que chaque parcelle de mon corps. Malgré de longues années de marche au cœur de la montagne, je commençais à vaciller. Nanouk n’était plus en vue. Je mettais un genou au sol et tentais de protéger mon visage. Etait-ce la fin ? Qu’allaient devenir Viktor, Kane , Big Fab et les autres ?

Je baissais la tête pour accepter cette morne fin et puis…le calme et un haut le cœur, impressionnant, quasi insoutenable. J’étais soulevée dans les airs ; étais-je en train de voler ?

Hagarde, je pus me relever et commencer à comprendre, ou du moins, à vouloir comprendre en voyant Nanouk, debout, à côté de moi.

– Où sommes-nous ? Où allons-nous Nanouk ?

Un sourire apparut alors sur ce masque si particulier, masque qui lui faisait office de visage, qui affichait ses émotions. Qu’y avait-il derrière ?

– Dans mon antre répondit-il. Nous sommes entre de bonnes mains, si je puis me permettre.

Entre de bonnes mains…de quoi parlait-il ? Après quelques secondes, enfin, je compris. Toutes ces histoires autour de lui, géants, orcs et autres gobelins archers, sa capacité a donner vie à toutes ses créatures de glace, tout était donc vrai !!

Nous nous déplacions vite au sein de la montagne, protégés du vent et de la neige, nichés, que nous étions, au creux de la main d’un géant des glaces !

– Dépose nous ici Judge cria Nanouk au géant.

Le gigantesque bras nous déposa dans une grotte inaccessible pour le commun des mortels.

La vue sur la Croisette était incroyable. Nanouk me tendit une longue-vue.

– Regardez aux quatre coins du front de neige ma chère Lady Guerre, voici le travail d’une nuit siffla Nanouk.

Je n’en croyais pas mes yeux. En à peine quelques heures, Nanouk avait sculpté nombre de ses créatures. Un géant au beau milieu de la Croisette, une escouade de Yènes près de l’office, ces loups des neiges que montent habituellement les gobelins des montagnes ainsi que le Paladin des neiges, mon aïeul, le connétable Lesdiguières juché sur son fidèle destrier.

L’espoir était revenu dans notre camp.

Avec Nanouk et son armée de glace, la victoire était enfin envisageable, assurément.

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