Les Menuires – 8 brumaire, an XVII – Livre Ier – Chant VII : La bataille de la Croisette

gobelinNous étions face à ce vide vertigineux. L’énorme cable métallique était recouvert de rouille et n’avait pas servi depuis des décennies.

– Quand Lord Steinbock l’avait fait construire, c’était lors de la guerre « des onze » face aux autres clans du coin dit Viktor.
– Cela fait donc au moins trente ans que personne n’a emprunté le passa-franc ! renchérit Kane.

Le filin dépassait le kilomètre de long et culminait parfois à plus de 300 mètres du sol. Une chute entraînait une mort certaine.
Ce moyen de transport atypique avait quelque peu refroidi nos ardeurs. Nous perdions de précieuses minutes, nos amis étaient en train de se faire massacrer.

– Guerre et pitié ne sauraient s’accorder.

C’est sur ses mots que Viktor s’élança le premier, suivi de Kane et des autres émissaires. Nous décidâmes Big Fab et moi de fermer la marche.

Nous filions à la vitesse du vent, une main solidement attachée au système de cordage et poulie, l’autre pour tenir tant que bien que mal nos armes et autres boucliers.

Pendant que nous descendions, nous pouvions voir de loin le feu et les explosions de la bataille en cours. Les éclats de voix commençaient à nous parvenir et nous fûmes sortis de notre agitation mentale par le cri déchirant lors de la chute de Nicolas, qui alla s’écraser sur la roche tel un pantin désarticulé. Horreur. Mais pas le temps de pleurer car la mort nous attendait au bout du fil !

 

J’arrivais à vitesse grand V au coeur de la bataille. La fin du passa-franc était impressionnante car il fallait lâcher prise très rapidement et se jeter dans assez de poudreuse pour éviter de se fracturer les deux jambes lors de l’atterrissage.

Mon saut et ma technique furent pour ainsi dire parfaits mais j’avais omis de prendre en considération le poids de mon armure et de mes armes. Je m’enfonçais dans le neige fraîche jusqu’à la taille, j’étais prise au piège !

Face à moi, la bataille faisait rage, les gobelins des neiges étaient nombreux, aidés par de grands hommes fins, nerveux et très combatifs. Kane et Viktor avaient réussi à percer la ligne ennemie avec leurs hommes afin de protéger les survivants. A ce stade, l’issue du combat était plus qu’incertaine.

Le temps de pencher ma tête pour tenter de m’extirper de la neige, je sentis une odeur putride envahir mes narines. Je relevais instinctivement le visage vers le haut et quelle surprise ! J’étais nez-à-nez avec une de ces immondes créatures qui tenait dans une de ses mains la tête ensanglantée d’un des miens.

Un sourire narquois se dessina sur sa face tandis qu’elle levait son poignard afin de me frapper en plein visage.

Je fermais les yeux, les bras tendus vers le ciel sombre, attendant paisiblement la mort.

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